Abstentions, souveraineté populaire et Constituante
Par Lionel le mercredi 10 juin 2009, 18:37 - Actualité nationale - Lien permanent
Abstentionnistes : 59, 52 %
UMP : 10,8 %
PS : 6,41 %
Europe Ecologie : 6,33 %
Modem : 3,29 %
Front national : 2,47 %
Front de Gauche : 2,35 %
NPA : 1,9 %
Ces élections européennes auraient pu avoir un tout autre visage si nous avions réfléchi plus loin que le réflexe électoral, aussi anticapitaliste/antiibéral soit-il.
Pour étayer ce point de vue, voici des arguments d'André Bellon qui font réfléchir sur la nécessaire souveraineté populaire.
Lionel, Cual Montpellier Centre, Fédération pour une alternative sociale et écologique.
***
Encore une élection pour rien ?
Le résultat
est enfin tombé après une campagne sans grand éclat. Et, comme à l’ordinaire,
au soir du 7 juin, les principaux « leaders » rassemblés sur les
plateaux de télévision commentaient doctement leurs résultats.
Tous les
leaders, mais pas tous les acteurs. Car le vainqueur de ces élections n’avait
pas été convié. L’abstention majoritaire du peuple était à peine commentée et
pas représentée – pas même par l’un des nombreux sites Internet qui l’avaient
encouragée comme un choix politique -. Certes, comme d’habitude, on nous dira
qu’elle résulte d’un désintérêt, d’une incompréhension, voire, critique
suprême, d’une absence de pédagogie. On oubliera que l’abstention, les appels
au boycott, ont été des thèmes de campagne et que ne pas évoquer ce fait est un
déni de démocratie en même temps qu’une incompréhension du
vote.
Bien pis, on
critiquera les abstentionnistes au nom du respect d’un droit de vote dont on
dénie l’exercice réel aux citoyens. On oubliera que lorsqu’il n’y a pas
souveraineté populaire, il n’y a pas exercice légitime du droit de vote. Or,
depuis des décennies, une mince oligarchie s’arroge le droit de définir les
bonnes questions, écartant systématiquement les autres, et s’octroie le
monopole de la vie politique et de la propagande par son pouvoir sur la presse.
Le mépris du vote du 29 mai 2005 en demeure le symbole flagrant et n’est
certainement pas étranger à l’abstention du 7 juin.
En fait, tous les personnages conviés à débattre au soir du 7 juin avaient deux
préoccupations communes : condamner l’abstention et légitimer le système
institutionnel européen qui n’est démocratique ni par sa nature, ni par son
fonctionnement. En ce sens, ils ont tous été désavoués. Ils peuvent, certes,
continuer comme si de rien n’était. C’est ainsi que le parti en tête crie
victoire, feignant d’ignorer qu’il ne représente même pas 11% des électeurs
inscrits.
Ils peuvent rester sourds aux appels exprimés par les citoyens comme ils l’ont
fait après le 29 mai 2005 dont le sens profond était l’affirmation de la
souveraineté populaire et un appel à rétablir la démocratie.
Mais, à force d’ignorer les messages émis par un peuple, on se prépare des
lendemains difficiles. On approfondit le fossé entre pouvoir et citoyens et on
fragilise la démocratie en privant le peuple d’une représentation réelle.
Certes, on ne saurait nier que, dans le vote du 7 juin, des votes significatifs
ont été exprimés : les politiques antisociales et destructrices de
l’environnement menées depuis des décennies ont, en particulier, entraîné des
rejets et des choix particulièrement légitimes. Mais ces réactions ne peuvent
pas mener à des politiques différentes dans le cadre institutionnel actuel,
français autant qu’européen. Tout, en effet, est organisé pour rendre les
contestations et les paroles du peuple inopérantes.
Ici, les refus de vote rejoignent les votes critiques. Mais ils ne peuvent, les
uns et les autres, trouver leur efficacité que dans la réaffirmation de la
volonté collective et donc de la souveraineté populaire.
C’est pourquoi une assemblée Constituante élue au suffrage universel direct est
l’objectif qu’il faut affirmer. Destinée à changer les règles du jeu
politico-institutionnel, elle est, en effet, la réponse naturelle à l’explosion
politique qu’indique ce vote du 7 juin 2008.
André
Bellon
Président de l’Association pour une Constituante





Commentaires
Deux observations à propos de ce texte:
L'interprétation de l'abstention est un exercice particulièrement difficile. La part attribuable à la volonté politique d'abstention, ou au boycott, est malaisée à saisir. Il est toujours tentant de croire que ceux qui votent comme soi-même le font sur les même bases, et c'est déjà discutable. Concernant l'abstention, ça l'est encore plus. La présence des boycotteurs au sein de la mer de l'abstention ne suffit pas à la colorer en rouge. Ce serait s'illusionner. Il suffit déjà de mesurer la volonté du pouvoir de faire passer inaperçue cette campagne, la scandaleuse démission des grands média audiovisuels, ou leur volonté de donner un tableau repoussant de l'affrontement politique (voir la soirée présentée par Chabot, qui n'a cessé de répéter en s'en délectant que cela allait faire fuir les électeurs).
Donc, pour le moins prudence dans l'interprétation.
Autre sujet: La constituante. Je pense que cette idée de plus en plus reprise, doit être manipulée avec les plus grandes précautions. Je ne suis guère convaincu. Je pense qu'une nouvelle constitution, et c'est forcément le but d'une constituante, a pour fonction d'acter un changement radical. En ce qui nous intéresse, une phase révolutionnaire. La grande constituante française a eu ce rôle. Pas le contraire: une constituante ne fera pas la révolution, pas même un mouvement populaire, celui-ci doit préexister. Or, où en est le mouvement populaire au niveau de l'Europe? Poser la question , c'est presqu'y répondre: tout est à faire. Ce n'est pas parce que les peuples de l'Europe s'investiraient démocratiquement dans cette constituante, que celle-ci serait: communiste, pas même socialiste, pas même sociale, pas même laïque, pas même républicaine, pas même démocrate. Loin de là. L'harmonisation politique, idéologique, a toutes les chances de se faire par en bas. Les grandes batailles politiques, sociales, et idéologiques menées en France, les avancées progressistes accumulées, (bien que violemment combattues et parfois remises en causes), ne l'ont pas étées également ailleurs, loin de là. Noyer nos acquis dans l'océan Europe pourrait bien être le principal effet d'une constituante européenne. C'est déjà ce qu'ils ont tenté de nous faire d'en haut. Cela peut très bien nous arriver d'en bas, « démocratiquement ».
Cette idée tente de faire l'économie du combat, elle entretient une illusion formaliste, en lieu et place de la bataille politique. C'est un mot-icône, dont le premier effet risque d'être l'empêchement de penser.
Il me semble que la lutte émancipatrice des peuples peut passer par une constituante, mais que ce ne peut être que la matérialisation des avancées conquises, leur résultat. Pas leur cause.
En tout cas, tentons de mener une réflexion avant d'enfourcher cette monture.
JP Gallèpe